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"Et c’est la même règle de calcul financier autodestructeur qui gouverne chaque domaine de notre quotidien. Nous détruisons la beauté des campagnes parce que les splendeurs inappropriées de la nature sont sans valeur économique. Nous serions capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne versent pas de dividendes. Londres est l’une des villes les plus riches de l’histoire de la civilisation, mais elle « ne peut pas se permettre » les standards de réussite les plus élevés dont ses propres habitants sont cependant capables, parce qu’ils ne « rapportent » pas.
Si je disposais du pouvoir aujourd’hui, je ferais en sorte, avec la plus grande détermination, de doter nos capitales de tous les accessoires de l’art et de la civilisation du plus haut niveau dont bénéficient à titre individuel les habitants de chacune d’entre elles, convaincu que ce que je suis à même de créer, j’en ai les moyens – et pensant qu’il ne serait pas seulement préférable que l’argent soit dépensé de cette manière plutôt qu’alloué à un fonds d’allocations-chômage mais rendrait tout fonds d’allocations-chômage sans objet. Car avec tout ce que nous avons dépensé en allocations de chômage en Angleterre depuis la guerre, nous aurions pu faire de nos villes les plus grandes réalisations de l’homme au monde.
Ou encore, nous avons jusqu’à récemment considéré qu’il s’agissait d’un devoir moral de ruiner les cultivateurs de la terre et de détruire les traditions millénaires de l’art de l’élevage, si cela nous permettait de payer la miche de pain un dixième de penny meilleur marché. Il n’y avait rien que nous ne jugions notre devoir de sacrifier à ce Moloch et ce Mammon tout en un, car nous imaginions avec ferveur que le culte de ces monstres nous permettrait de vaincre les hideurs de la pauvreté et de mener la prochaine génération sûrement et confortablement, à cheval sur l’intérêt composé, vers la paix économique » (ibid. 241-242)."